Journal d'une RollerGrrrl

Brutal Brunette prend sa retraite

Hé bien voilà. Quelque part, j’aurais aimé ne jamais avoir à écrire cet article, ou disons l’écrire dans au moins 20 ans. Mais une carrière de rollergirl, ce n’est pas aussi long que ça. Comme j’en parlais dans ma publication Facebook en ce début d’année, j’ai pris la difficile décision d’arrêter le roller derby. Ça n’a pas été une décision facile à prendre, loin de là, comme vous pouvez vous en douter, mais c’était la meilleure à prendre pour moi.

Vestiaire roller derbyComment j’ai pris cette décision

En fait, c’est elle qui s’est présentée à moi. J’ai été pas mal blessée ces derniers temps et j’ai perdu beaucoup en compétences patinesques et derbyesques. Les entraînements étaient difficiles, je ne me voyais pas évoluer, je ne savais plus où j’en étais. Bref, je me sentais clairement nulle. Bien que je sache que Rome ne s’est pas faite en un jour, j’avais beau forcer, je sentais que quelque chose n’était plus là. Quelque chose qui avant, me faisait braver vents et marées. La flamme de la passion ne me poussait plus et je n’arrivais plus à me motiver, je n’avais plus hâte d’aller à l’entraînement. Pire encore, je n’avais carrément pas envie d’y aller.

Alors à ce moment-là, faut bien se rendre à l’évidence. On peut avoir des coups de mou, mais pas des aussi gros et aussi longs [INSERER UNE BLAGUE SALACE ICI]. Alors j’ai beaucoup nié : non, jamais de la vie, le roller derby a fait de moi ce que je suis maintenant, j’ai été là aux presque débuts en France, j’suis une vieille de la vieille, cépapossible, le derby devient vraiment quelque chose, je ne peux pas lâcher maintenant pour le sport, pour la ligue et pour moi-même, non non non non non. Mais à la fin j’ai fini par accepter et me rendre à l’évidence.

Ça ne servait à rien de rester à patauger dans des sables mouvants en sachant que ma décision était déjà prise quelque part dans un coin de ma tête. Pour des questions de respect et presque d’éthique envers l’équipe et envers moi, je ne pouvais pas faire semblant que j’allais sérieusement m’y remettre.

En fait, allez, je vais vous le dire, j’adore toujours autant patiner. Ça c’est sûr. La partie « endurance » des entraînements m’éclatait toujours autant. Mais dès qu’il s’agissait de stratégie, de technique, de formation, on peut dire que ça rentrait d’une oreille et ça sortait de l’autre. J’y ai mis pour de vrai de la bonne volonté au début, je voulais vraiment rattraper mon retard. Puis ensuite j’ai bien compris que je ne comprenais rien. Que c’était trop loin de moi, tout ça. Que je n’y voyais plus d’intérêt. Ça a été la sonnette d’alarme.

Quand cette idée se révèle au grand jour, ça fait du mal, ça pique, ça donne envie de hurler, de pleurer parce que j’ai mis toute mon énergie là-dedans pendant des années. J’ai sacrifié pas mal de choses aussi (budget, amis, famille et couple y compris) pour qu’au final, ça retombe presque comme un soufflet.

L’annonce à la ligue

J’ai donc annoncé ma décision tout d’abord aux coachs et à la capitaine de l’équipe. J’ai mis très longtemps avant de le faire parce que ça sonnerait comme la fin officielle de ma carrière. Je n’annonçais pas que je quittais la ligue pour en rejoindre une autre, pour un déménagement, ou pour créer ma propre équipe à L.A (ouais, on peut rêver), mais bien pour dire que j’arrêtais tout. Salut les protecs’ qui puent, les protège-dents baveux, les blagues dans les vestiaires, les afters de matchs, le stress du banc, les bleus. Y’aurait plus rien de tout ça. Ensuite, je l’ai annoncé à la ligue. Ça non plus, ce n’était pas facile à faire, même si le pas était déjà mentalement sauté.

La vie d’après

Ça fait depuis tout début janvier que je n’ai pas remis les pieds en entraînement. Ni même en match, en tant que spectatrice, pour tout vous dire. Ce n’étaient pourtant pas les occasions qui manquaient avec le championnat et tout le reste. Mais j’avais et j’ai encore besoin de faire une vraie coupure. Je regarde évidemment de près l’actualité de Roller Derby Lille et rares sont les jours où je n’ai pas une pensée pour eux, mais c’est un peu comme une rupture : il faut un moment de calme plat si je ne veux pas me m’écœurer de ce sport à cause de mon « échec ». Chaque chose en son temps !

Et puis je me surprends à penser aux tous débuts de ma carrière : le recrutement, les entraînements dehors, les premiers matchs, l’ambiance « bande de copines qui veulent en découdre », mon expérience en coaching. Tout cela me manque un peu. Et les « souvenirs Facebook » en rajoutent une couche à peu près tous les jours. Mais je suis sûre et satisfaite de ma décision. Quel plaisir de n’avoir rien de prévu les weekends, pas de réveil à l’aurore pour disputer un match à l’autre bout de la France, disposer de mon dimanche sans avoir à composer avec les horaires d’entraînement, rejoindre mes amis sans me balader avec un énorme sac de sport et sans sentir le poney, organiser des weekends, des vacances, des voyages avec mon amoureux et ma famille sans culpabiliser/regretter de manquer tel bootcamp, tel match, tel coach guest. Je ne m’en rendais pas vraiment compte en étant dans le feu de l’action, mais avec du recul, le derby peut prendre 100% du temps libre si on ne fait pas attention. Et aussi, je DORS. Genre, la moitié de mes weekends. Je récupère, je me repose, je profite, je fusionne avec ma couette. J’ai bien ralenti mon rythme sportif et même mon rythme tout court. Etant malade, je me rends compte que je n’écoutais pas assez mon corps, je le forçais à dépasser ses limites et si j’en ai payé le prix avec des blessures, j’apprends à le laisser un peu plus tranquille.

Bref, j’ai fait mon temps dans le roller derby, ma date est dépassée et il est temps pour moi de découvrir le monde du dehors. J’ai mille projets en tête depuis des années et enfin plus de temps pour les réaliser. Et ce qui est sûr, c’est que vous n’avez pas encore fini d’entendre parler de Brutal Brunette, ici ou ailleurs !

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